Twitter et N. Sarkozy, ou la polémique du #SarkoCensure
Levée de hashtags sur le réseau social de microblogging. Twitter a supprimé plusieurs comptes parodiques ou ouvertement critiques envers Sarkozy, et ce de manière successive dans les quelques jours suivant la création du compte officiel du président-candidat.
Évidente censure, manque de transparence de Twitter, problème d’équité et soupçons de collusion entre Twitter et l’UMP : autant de sujets qui explosent sur la toile mais pas que, puisqu’on en parle dans tous les grands médias (radio, télé et presse compris). Sujet à se brûler le bout des doigts mais qui soulève une vraie polémique.
Censure à géométrie variable
@Mafranceforte ; @ForteFrance ; @SarkozyCaSuffit ; @DehorsSarkozy ; @Sarkozycestfini sont autant de comptes boutés du réseau Twitter, dont un (@_NicolasSarkozy) supprimé dès le lendemain du compte officiel @NicolasSarkozy (crée le 15février dernier). Le cas de @_NicolasSarkozy «est celui dont la fermeture fera sans doute le plus polémique, puisqu’il avait été crée dès septembre 2010 et qu’il était connu pour son caractère parodique, et décrit comme tel » souligne Numerama. Cette évidente censure inquiète Internet Sans Frontières (ISF) et la communauté de défense de la liberté d’expression en ligne en France. Ces derniers dénoncent une forme de « collaboration avec les censeurs » opérée par le réseau social à moins de 62 jours de l’élection présidentielle. La censure des satires, caricatures et autres critiques subversives revient vite à une forme de non acceptation du droit de penser et de caricaturer, surtout lorsqu’il s’agit d’un homme public.

15 février: création du compte officiel de N. Sarkozy, candidat à sa réélection
Twitter n’a pas répondu de suite aux interrogations qui lui ont été faite à ce sujet mais voici son explication : certains comptes auraient violé sa politique relative à la prévention d’usurpation d’identité. « Bien que Twitter croie fermement à la liberté d’expression, une imitation qui induit en erreur, prête à confusion ou trompe autrui est contre les règles de Twitter » a-t-il indiqué pour justifier la suppression du compte @_NicolasSarkozy. Or, sans parler du fait que le compte existait depuis près de deux ans, son caractère parodique était sans équivoque. Il ne violait donc pas les conditions générales d’utilisation « la mention précisant le caractère caricatural ou parodique du compte doit figurer dans l’intitulé de celui-ci » : exigences du contrat que le compte respectait. De plus, certains des comptes bloqués et supprimés ne comportaient pas le nom de Nicolas Sarkozy mais critiquaient ou moquaient sa campagne (@MaFranceForte ; @ForteFrance). Sans aller jusqu’à parler d’une censure politique de la part de Twitter, « il s’agit plus probablement d’une utilisation massive et soudaine des outils qui permettent aux utilisateurs de dénoncer un compte abusif ». En clair, si un groupe de militants UMP a soudain envoyé un grand nombre de dénonciations ou « spam », le compte en question a été automatiquement suspendu par Twitter.
- 16 février: suppresion de @_NicolasSarkozy: compte ouvertement parodique
Dans un communiqué, Najat Vallaud-Belkacem, une des porte-parole du candidat PS rappelait qu’il y a deux ans, Nicolas Sarkozy déclarait : « Je préfèrerais toujours les excès de la caricature à l’absence de droit à la caricature ». L’équipe numérique de F. Hollande a d’ailleurs mis en ligne une lettre ouverte à Twitter pour dénoncer la suspension de ces comptes, notant au passage que « d’autres comptes similaires, mais dirigés contre François Hollande, continuent de fonctionner normalement » comme @FrançoisHolland ; @PsyHollande ; @DehorsHollande ou encore @FranHollande.
Twitter et sa transparence un peu obscure
Et plutôt qu’une censure comme le dénonce le PS, c’est bien le manque de transparence de Twitter qui inquiète : incapable de donner une explication sur ce qui s’est passé, ou des explications qui ne sont pas valables pour tous les comptes en question.
« Les réponses apportées par l’entreprise sur les raisons de suspension des comptes restent obscures et demeurent injustifiées au regard non seulement des propres conditions générales d’utilisation de la plateforme, de ses pratiques relatives à l’acceptation des comptes parodiques et aux lois et règlements en vigueur en France qui protègent la pluralité de l’expression en ligne » ISF
Alors soit Twitter est un réseau complètement neutre et dans ce cas tout peut passer : non censuré comme l’est Internet. Soit Twitter assume son rôle de modérateur du réseau, comme le font Facebook et les forums, et alors il y a bien un choix de censure, mais avec une certaine transparence. Or, chez Twitter les comptes sont supprimés du jour au lendemain sans explications aucunes : on ne sait ni qui est l’origine de la suppression (un robot ou une main humaine ?) ni pourquoi, et là il y a véritablement un souci.
Pas de numéro ou d’adresse mail avec quoi on pourrait facilement joindre l’administration du réseau, ni de locaux en France. Or, il apparait clairement que cette modération faite par Twitter n’est pas conforme avec les exigences du moment c’est-à-dire celui de la campagne électorale : l’exigence d’équité.
« C’est comme si le CSA s’était installé dans une cave à San Francisco et que les 9 sages du CSA parlait à peine français » Vincent Glad
Pourquoi cette notion de caricature semble-t-elle s’appliquer avec moins de sévérité pour les comptes moquant la gauche ? Car si l’Internet est libre, il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux sont administrés par des entreprises privées américaines qui elle, ne le sont pas tant que ça.
« Alors qu’Internet est un formidable outil au service de la liberté d’expression et de la démocratie, comme l’illustrent les révolutions arabes, il n’est pas acceptable qu’une censure sur les réseaux s’organise dans l’une des premières démocraties du monde » (communiqué du PS)
Le site de microblogs, dont le rôle de média libre a été salué durant le printemps arabe, a d’ailleurs été accusé de se plier à la censure après avoir annoncé qu’il serait en mesure de bloquer les messages dans certains pays si la législation locale l’exigeait. Les contestataires des régimes dictatoriaux n’ont qu’à bien se tenir.
